Lucidité sur la Révolution

Par Panda :: 18/07/2008 à 13:52

Lucidité sur la Révolution

Ahmed Gherrab

 

La Période Exemplaire, La Vraie Indépendance, Les Années Optimistes… Plusieurs appellations ont été données aux vingt premières années de la Révolution Anti-Fasciste qui rassembla - pour la première fois - les 3 pays du Maghreb sous une seule autorité politique, évènement unique depuis 15 siècles.

Des institutions politiques et économiques particulières virent le jour avec un mélange singulier entre démocratie et autoritarisme, pour « réaliser une remise à niveau des sociétés Anti-Fascistes qui dépassa toutes les attentes sur tous les niveaux » (Luc Monceau). Pourtant, ces vingt premières années virent aussi la disparition inexpliquée de 4000 personnes et  le déplacement forcé de plusieurs populations du Sud. La découverte d’une fosse commune contenant 350 corps près d’Alger, datant de ces années, remet profondément en question le caractère transparent et propre de cette mutation.

Ahmed Gherrab, né à Tunis, professeur en sciences politiques à l’Université de Chicago, se penche dans ce livre sur l’aspect noir de l’une des périodes les plus mouvementées du siècle et porte des réponses claires et précises à des questions essentielles : Comment le Comité Fondateur de la Révolution a-t-il dérivé des principes listés dans la Déclaration de l’Union ? Comment les responsables locaux justifiaient-ils les déplacements forcés? Quelle était vraiment la place de l’opposition dans la jeune Union? Qui étaient les disparus et les victimes ? Qui était le responsable du massacre d’Alger ? Pouvait-on alors imaginer un autre démarrage, plus progressif et plus respectueux des peuples?

 

« Passionnant et indispensable » the Economist

De l'absurdité de rester vierge

Par Panda :: 12/12/2007 à 1:20

Un paradoxe persite en Tunisie, de plus en plus voyant, de plus en plus dérangeant.
D'un côté une société machiste qui exige des femmes vierges et sages, ou le sexe est reservé aux hommes(leurs partenaires devant supporter une réputation de "salopes") et d'un autre côté des femmes "modernes" qui se marient de moins en moins jeunes. Exigerait-on d'elles qu'elles restent vierges, sans aucune expérience sexuelles jusqu'à l'âge de 27, 28.. 30 ans ??
Oui ceci a pour origine notre culture (malédiction, sous-developpement) arabo-musulmane, mais à l'époque, les filles se mariaient à l'âge de 16 ans, voire moins !!
Cette problématique a pour origine la mentalité des hommes: La plupart, en Tunisie, refusent de se marier à une femme qui n'est pas vierge. Donc la femme DOIT rester vierge, car elle DOIT trouver un mari.
Certainement, il y a des femmes qui désirent par "leur propre volonté"  rester vierges, pour l'offrir à "celui qui est vraiment important". Il s'agit bien entendu d'une sublimation de la frustration et de l'interdit en une image romantique qui satisfait un minimum. "Celui qui est vaiment important" , par contre, ne s'est pas privé.

Dans la même logique, puisque notre pays est de plus en plus ouvert et tolérant (c'est ironique, bien sûr), on trouve de plus en plus d'hommes qui refusent de se marier à une femme qui n'est pas voilée. Donc plusieurs femmes se mettent à porter le voile pour trouver un mari. Jusqu'où risque-t-on d'aller avec cette logique de soumission absolue à la volonté des "mâles"?

La seule solution, c'est une libération sexuelle totale et radicale. Aucune femme vierge. Il n'y a plus le choix pour ces hommes "pieux" qui baisent toute leur vie avant d'exiger une femme vierge. Plus de femmes vierges sur le marché, désolé.
C'est ainsi qu'ils se rendront compte que, oui, une femme qui n'est pas vierge est un être humain comme les autres, qui a des émotions, qui sait aimer, qui est inteligent, qui sait être fidèle, qui sait être responsable, et qui, de plus, sait faire l'amour correctement!


Vers Carthage

Par Panda :: 12/09/2007 à 14:03

 

Carnets, soldat anonyme, années 2022-2023

 

Quand Tunis tomba, l'avenue Bourguiba était complètement vide, signe d'une passivité totale et désormais habituelle des tunisois. Aucune résistance, ni support. Nous avions ni accord, ni opposition. Nous pouvions continuer encore plus vers le nord, vers le palais, si ça nous chantait...Notre amour-propre, notre fierté était un peu touchée il faut l'avouer... Nous aurions préféré voir des rires, des scènes de joie et de victoire qui accompagnent toute libération....c'est pourquoi nous nous battions, après tout...Nous le faisions pour la liberté et le progrés, mais cette absence totale de réactions affectait gravement notre motivation, et nous donnait l'impression de batailler dans une ville fantôme, pour un peuple fantôme...La victoire militaire n'est jamais suffisante...La victoire des coeurs et des esprits est plus que primordiale...chaque chef rebelle digne de ce nom le savait, et si le changement qu'on portait, qu'on appliquait, ne succitait aucun espoir, alors il valait mieux dégager dès que possible... "La participation populaire" dont parlait le Général Cha n'allait pas se concrétiser dans cette ville, du moins...la population n'en voulait pas...Elle avait peut être peur...

"Nous espérons que vous allez tous les pendre" a crié un gamin qui se trouvait sur un balcon...

A vrai dire, on en avait aucune idée...Ce type de décisions se discutait et se prenait par le Comité...un ensemble de théoriciens, de chefs, d'experts, et de conseillers si hauts qu'on ne savait pas s'ils existaient vraiment, s'ils se trouvaient dans le même continent que nous...Qui prenait vraiment les décisions? Qui sont nos réels soutiens ? D'où viennent tous ces moyens ? D'où est venu tout ce mouvement ?

Une scène de pendaison, comme dans toute rebellion digne de ce nom..."le peuple a jugé"..."Le peuple a préféré la vengeance"...Qui leur mettra la corde? Qui organisera toute la mise en scène ?...et puis comme d'habitude, toujours au bon moment, toujours à l'instant où nos petites têtes de soldats commencent à se poser des questions, un communiqué du Comité est transmis à nos responsables :

 

" Selon nos prévisions et les informations que nous possédons, le palais sera très probablement vide. L'Armée Anti-fasciste est une force de paix et de reconcilation. C'est une force d'urgence, une ambulance dans une région au bord du gouffre. Nous ne devons aucunement attiser les sentiments de vengeance envers l'ancien régime. Ne réagir que si une unité anti-fasciste est attaquée. Nous ne voulons ni destruction de photos, ni banderoles improvisées. Contentez-vous de prendre position dans les endroits que vos supérieurs vous indiqueront. Les journalistes sont partout. Aucune erreur ne sera tolérée durant cette phase très délicate du projet. Soyons digne de l'espoir que nous portons."

 

Un communiqué qui, comme d'habitude, mélange les instructions précises et les principes les plus généraux, les objectifs révolutionnaires et ceux qui se rapportent au marketing médiatique le plus basique, les messages de solidarité et ceux de la menace...

 

" Aucune erreur ne sera tolérée durant cette phase très délicate du projet."

 

Notre char redémarra vers le nord...vers Carthage...

 

Virée au desert

Par Panda :: 26/07/2007 à 18:09

"L’unification n’eut pas que des impacts positifs, loin de là…Il suffit de prendre l’exemple du village de Ben Guerdane au sud de la Tunisie. Au début du siècle,  c’était plus un village-frontière vivant de contrebande et des flux de marchandises, de libyens et de thunes qui circulaient à quelques kilomètres de lui. Le village de la négociation et du marché noir. Le village des combines et des arnaques. Le village du trafic et de la prostitution. Le village qui symbolisait l’éclatement, le sous-développement, et la corruption qui régnait à l’époque. Un des premiers leaders de la révolution anti-fasciste venait justement de ce coin et il ne manqua pas d’alerter le conseil, dès la première réunion fondatrice de la Fédération, sur la nécessité d’appliquer la charte anti-fasciste au plus tôt dans ce « Tijuana de Tunisie ». Des villages similaires furent mis en lumière dans tout le Nord et un vaste plan de nettoyage fut organisé et supervisé directement par la Présidence Anti-fasciste [...]

Comme sous les pires régimes africains, les habitants de ces villages furent « déplacés » vers d’autres régions, violemment déracinés de leur terre natale. La mise au pas de toutes les zones « à potentiel rebelle» devait se réaliser vite  « pour dépasser au plus tôt la phase de fragilité de notre union » (communiqué présidentiel du 15 septembre 2035). Des dédommagements au cas par cas furent attribués à partir du « Hope Fund » pour calmer les quelques émeutes qui ont pu se déclarer dans quelques villages. Encore une fois, la priorité de l’union pris le dessus sur les considérations humanitaires les plus élémentaires. Je m’adresse au plus jeunes d’entre vous : si vous faites une virée dans le désert, que vous vous arrêtez  au Ben Guerdane Federal Park, et que vous vous installez avec des bières sous la gigantesque affiche «Nous fédérerons nos rêves pour les réaliser », pensez  à toutes ces familles chassées de leurs propres maisons par des décisions venant de loin, pensez à cette déchirure qui frappa des dizaines de villages alors que vous n’étiez pas encore nés…"